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Sommaire Études sur le contrôle des armes à feu - France
par Claire Joly

Les mythes au sujet de la relation entre armes et violence ont la vie dure. En France, dans son rapport sur le projet de loi relatif à la sécurité quotidienne du 23 avril 2001, le rapporteur de la Commission des lois écrivait : « … une étude canadienne établissait, récemment, que la probabilité de tuer un membre de sa famille [avec une arme à feu détenue à domicile] est, dans cette hypothèse, 43 fois plus élevée que celle de tuer un agresseur. »

Cette assertion a été reprise par les media en France. Visiblement, ni les députés, ni leurs conseillers, ni les groupes de pression qu’ils écoutent, ni les journalistes qui rapportent leurs propos ne savent de quoi ils parlent. L’étude à laquelle on réfère sans jamais la nommer n’est pas canadienne, mais américaine. Elle n’est pas récente, mais vieille de 15 ans [1]. Le ratio dont elle fait état amplifie les risques de détenir une arme alors qu’il en occulte les avantages et ses auteurs précisent que leur échantillon n’est pas représentatif de la population en général. L’étude est de si piètre qualité que la plupart des universitaires sérieux se gardent de l’inclure dans leur recension de la recherche sur la relation entre armes à feu et morts violentes.

L’erreur du rapporteur de la Commission des lois n’est pas originale. La même référence à la recherche canadienne imaginaire se trouve dans un document produit par le groupe de travail thématique « la santé par la prévention » des États généraux de la Santé, une initiative du gouvernement français. On y trouve un ramassis de statistiques burlesques sans référence concernant les armes à feu et la violence. À l’instar du ratio 43 : 1, elles sont presque toutes importées d’études de pacotille sans crédibilité dans les milieux universitaires dignes de ce nom. Pourtant, le document du groupe de travail affirme, juste avant d’attribuer le fameux ratio à une recherche canadienne : « Ces faits sont documentés sans discussion possible " ! Les « faits » rapportés ne reflètent même pas l’état actuel des connaissances. Leur conclusion au sujet des armes à feu ? « La seule solution dans ce cas est de faire disparaître le plus complètement possible le produit en question. » Une partie du même document se retrouve sur le site de l’Association franco-québécoise pour le développement de la sécurité sanitaire, un organisme subventionné par la Commission permanente de coopération France-Québec.

Énormément de mythes sur les armes en vogue des deux côtés de l’Atlantique proviennent de la littérature médicale américaine. Les auteurs sont souvent des médecins devenus chercheurs en herbe qui se disent ouvertement anti-armes quand ils ne sont pas carrément prohibitionnistes. Les plus extrémistes appartiennent au mouvement qu’il convient d’appeler par son nom américain de Public Health. La mouvance a une influence politique certaine qui ne se limite pas à la question des armes à feu [2].

Les failles des travaux en cause sont abyssales. Ils sont produits avec des méthodes d’analyse désuètes, qui n'ont plus cours depuis le milieu des années 1960. Les échantillons sont minuscules et rarement représentatifs. Les indicateurs choisis sont presque toujours invalides. Et on ne contrôle pas pour les autres variables qui peuvent affecter les résultats [3].

Nos pseudo-experts ne semblent même pas maîtriser le sujet dont ils parlent. Pour étayer leurs thèses, il n’est pas rare qu’ils citent des travaux dont la conclusion est à l’opposé de ce qu’ils auraient dû y lire, ou encore des études qui ne contiennent aucune donnée concernant leurs propos. Ils renvoient à des prétendues recherches qui sont en vérité des éditoriaux, voire à des statistiques qui n’existent pas. Ce syndrome a été documenté dans une analyse incontournable. Il a été baptisé « gun-aversive dislexia » (dislexie hoplophobe, ou causée par une phobie des armes). Il afflige incidemment l’auteur auquel nous devons le ration 43 : 1 si cher à de nombreux élus français.

Une autre forme du syndrome afflige ces chercheurs du dimanche. On pourrait la nommer « cécité hoplophobe ». Ils ne s’intéressent pas aux phénomènes qui semblent contredire leurs préjugés sur la relation entre accessibilité aux armes et morts violentes. Pensons notamment à la baisse importante des décès accidentels par balle aux États-Unis entre 1966 et 1987 qui a coincidé avec une grande augmentation du nombre d’armes détenues.

Les pseudo experts ont également l’habitude d’ignorer la recherche effectuée par les spécialistes d’autres disciplines que la médecine (criminologie, sociologie, économie) ou alors de la réfuter avec de simples spéculations. À ne considérer que cette littérature engagée qui existe en vase clos et ne cite qu’elle-même, un observateur serait aisément persuadé de l’écrasante supériorité des arguments en faveur des contrôles.

C’est souvent ce qui arrive aux rédacteurs de rapports gouvernementaux. Et quand d’aventure ils connaissent les études criminologiques ou sociologiques, ils ont tendance à les mettre sur le même pied que celles de la littérature médicale. Or, les recherches en sciences sociales sont de qualité bien supérieure sur tous les plans, des méthodes d’analyse à la représentativité des échantillons. Elles nous apprennent que l'accessibilité des armes n'a pas d’effets nets sur les taux globaux de morts violentes, qu’il s’agisse d’homicides ou de suicides [4]. Des recherches récentes suggèrent même que la limitation des armes — ou, en tout cas, les mesures les plus sévères — seraient non seulement inefficaces, mais aussi préjudiciables aux honnêtes citoyens respectueux des lois [5].

On continue pourtant, en France, en Belgique, au Canada et ailleurs dans le monde, à décapiter des droits fondamentaux en invoquant ces études de pacotille à prétention scientifique. Un dogme infirmé par l’évolution des connaissances n’y est jamais remis en cause : l’accessibilité aux armes est la source de maux indicibles et il faut à tout prix en réduire le nombre. Cette conviction a priori détermine l’interprétation des faits, en violation flagrante des principes de toute démarche intellectuelle qui se respecte.

Des lois qui détruisent des industries, criminalisent de paisibles citoyens, et sapent des libertés fondamentales chèrement acquises sont votées en invoquant cette recherche de pacotille. En même temps, on fait la promotion d’une société qui considère ses membres comme des irresponsables ou des menaces en puissance, y compris pour eux-mêmes. On tolère qu’un État manie allègrement la matraque législative contre d’honnêtes citoyens en invoquant faussement l’intérêt général. On cautionne implicitement la réglementation tentaculaire d’un État de plus en plus présent dans nos vies. C’est pourquoi le débat actuel sur les armes concerne tous les citoyens inquiets du genre de société qu’on est en train de construire pour eux et malgré eux.

Notes:
[1] Arthur L. Kellermann et Donald T. Reay (1986), « Protection or Peril ? : An Analysis of Firearm-Related Deaths in the Home », New England Journal of Medecine, vol. 314, pp. 1557-60.
Pour une analyse de la question tenant compte des plus récentes recherches, voir Gary Kleck (1998), « What Are the Risks and Benefits of Keeping a Gun in the Home ? », Journal of the American Medical Association, vol. 280, pp. 473-475. <—

[2] En français sur ce sujet, voir « Les fascistes de la santé » de Pierre Lemieux publié dans Le Québécois libre du 4 juillet 1998. Voir aussi « L'intégrisme casqué » de Pierre Foglia publié dans La Presse du samedi 4 mars 2000, p. A5. <—

[3] Pour une critique et une évaluation de cette recherche, voir notamment « Illegitimate Practices in Summarizing Research on Guns and violence », un chapitre de Gary Kleck (1997), Targeting Guns : Firearms and Their Control, Hawthorne NY, Aldine De Gruyter. <—

[4] Les deux recensions les plus exhaustives de la recherche sur la relation entre armes à feu et morts violentes sont James D. Wright et al. (1983), Under the Gun: Weapons, Crime and Violence in America, Hawthorne NY, Aldine de Gruyter, et Gary Kleck (1991), Point Blank: Guns and Violence in America, Hawthorne NY, Aldine de Gruyter (remanié et réédité en 1997 sous le titre Targeting Guns : Firearms and Their Control chez le même éditeur). <—

[5] En français, voir par exemple « Les armes et la légitime défense », un article au sujet des travaux de John Lott par Pierre Lemieux, publiée dans le Le Figaro-Économie du 5 février 1999, p. XI. <—

 

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Guns and Public Health : Epidemic of Violence or Pandemic
of Propaganda ?

Un article éclairant sur l'origine de la plupart des mythes concernant la relation entre armes et violence (Tennessee Law Review).


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