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Publié dans Armes & Tir n° 24, mars 2001, p. 32.
C'est le présent texte qui fait foi.
Sommaire Criminalité, violence, armes à feu aux USA
par Claire Joly

Spontanément, les femmes se déclarent davantage en faveur du contrôle des armes à feu que les hommes. C’est vrai en Amérique comme en Europe. L'intensification des contrôles, voire l’interdiction de certains types d’armes, contribuera-t-elle réellement à leur sécurité et à celle de leur famille ?

Les partisans des contrôles à tout prix répondront « oui » avec enthousiasme, mais rien n’est moins certain. La grande majorité des études criminologiques et épidémiologiques n’accrédite pas cette opinion.

En effet, la réglementation et le nombre d'armes détenues par les civils ne sont pas des facteurs déterminants dans les taux d’homicide et de crime violent. On connaît des sociétés où coexistent faible taux d’homicide et politique libérale en matière d'armes à feu. La Suisse et la Norvège en témoignent. À l'opposé, des pays comme le Mexique ou la Jamaïque réglementent sévérèment les armes, mais connaissent des niveaux de criminalité sans commune mesure avec les pays industrialisés.

La situation américaine

Le cas américain n'atteste pas non plus la pertinence de contrôles sévères. Il est vrai que le taux d'homicide par balle est très élevé aux États-Unis. Le taux d’homicide commis sans armes à feu reste toutefois aussi élevé que ceux – tous moyens meurtriers confondus – de plusieurs pays européens. Avec ou sans revolver, on tue de toutes façons davantage aux États-Unis.

Une analyse plus attentive des statistiques révèle également d’énormes disparités régionales dans la réglementation et les taux d’agression. Plusieurs états imposant peu de contrôles connaissent des taux d’homicide se comparant favorablement à ceux du Canada et de la France. C’est le cas du Dakota du Nord ou du New Hampshire, entre autres. Parallèlement, à un niveau local, les grandes agglomérations urbaines se tiennent en tête de peloton pour les meurtres. Dans des villes comme Washington ou Los Angeles, on applique pourtant les lois sur les armes les plus strictes, et parfois les plus anciennes, du pays.

Une baisse spectaculaire

Plus globalement, le déclin spectaculaire des agressions aux États-Unis contredit lui aussi les partisans de l'accroissement des contrôles. Le taux national d'homicide a diminué de 39,4 % entre 1990 et 1999 pour atteindre son niveau le plus bas depuis 1966 [1]. Le taux de criminalité violente a pour sa part reculé de 28,3 % durant cette période, tandis que le nombre d'armes détenues par la population continuait à augmenter. Le BATF (Bureau of Alcohol, Tobacco and Firearms) estime que ce nombre a crû de 10 % entre 1993 et 1997 [2]. Il se situerait aujourd'hui à 250 millions. En même temps, une vingtaine d'états libéralisaient le port d'arme dissimulée, l'obtention d'un permis étant dorénavant soumis à une autorisation administrative non discrétionnaire. La multiplication des affrontements sanglants, prédite par les partisans des contrôles, ne s'est pas concrétisée.

Que la disponibilité des armes n'explique pas des taux élevés d'homicide et de crime violent n'étonne pas la grande majorité des criminologues et sociologues. Plusieurs études de grand envergure montrent que les mesures de contrôle sont inefficaces en matière de prévention. Mentionnons Wright, Rossi et Daly (1983), Centerwall (1991), Kleck (1991 et 1997), et Lott (1998) [3].

Gary Kleck, criminologue enseignant à l’Université Florida State, a déterminé que les armes à feu sont utilisées à titre défensif dans plus de 2 millions de cas par an aux États-Unis [4]. Les statistiques officielles portent à croire qu'elles serviraient en revanche pour perpétrer environ un million de crimes. Chercheur éminent, Kleck a reçu en 1993 le prix Hindelang de l'American Society of Criminology pour son livre Point Blank: Guns and Violence in America. Cette recension des études sur la relation entre armes et morts violentes sert aujourd'hui de référence dans les milieux universitaires.

Les travaux de John Lott, économiste et senior research scholar à la Yale Law School, l’on conduit à une conclusion encore plus surprenante. On avait observé dans les états sans réglementation discrétionnaire que seulement 2 % à 5 % des citoyens demandent un permis de port d'arme dissimulé. Or, Lott montre que ce petit nombre de citoyens armés suffit à exercer une dissuasion importante sur les criminels violents.

Tout en contrôlant pour de nombreux facteurs, il a calculé que la libéralisation du port d'arme avait réduit les meurtres de près de 8 %, les viols de 5 % et les agressions violentes de 7 %. Si tous les états américains avaient adopté une telle politique en 1992, pas moins de 1 500 meurtres et 4 000 viols auraient pu être évités [5].

Cette recherche de grande envergure, utilisant les statistiques de tous les counties (communes) américaines pour la période de 1977 à 1992, confirme ce que l'intuition suggérait déjà. Les lois découragent davantage la possession d’arme par les honnêtes citoyens que leur utilisation par les criminels. En pratique, les mesures de contrôle desservent les citoyens les plus susceptibles d’être victimes d’actes criminels violents en les laissant encore plus démunis face à leurs agresseurs. Ce sont notamment les femmes et les personnes âgées, moins en mesure de sortir vainqueur d’un corps à corps.

Le 16 février 2000, une femme téléphonait cinq fois au service d’urgence de la police durant la même nuit. Elle et sa soeur étaient inquiètes. L’ancien petit ami de l’une d’elle rode autour de la maison, malgré une ordonnance de la cour le lui interdisant. Peu avant l'aube, la police retrouvait les corps poignardés des deux femmes.

Ce drame s’est produit dans la capitale de la province du Manitoba, au Canada [6]. Malheureusement, de pareilles tragédies se déroulent dans toutes nos sociétés. Il est douteux que la réglementation sur les armes à feu désarment les vrais criminels, empêchent des tueries, des viols ou des meurtres à l’arme blanche. Les meurtriers et les violeurs, par définition, se moquent des lois. Mais il est certain que les victimes arriveront encore moins à échapper à leurs agresseurs.

Notes:
[1] Crime in the United States 1999 - Uniform Crime Reports, Federal Bureau of Investigation (FBI), U.S. Department of Justice. Les taux pour le premier semestre de l'année 2000 semblent s'être stabilisés. <—

[2] Rapporté dans Gary Fields, « Gun Conundrum: More on Streets, Fewer Incidents », Wall Street Journal, 11 décembre 2000. <—

[3] James D. Wright et al., Under the Gun: Weapons, Crime, and Violence in America, Aldine de Gruyter, 1983;

Brandon S. Centerwall, « Homicide and the Prevalence of Handguns: Canada and the United States, 1976-1980 », American Journal of Epidemiology, Vol. 134, 1991,
p. 1245-1260;

Gary Kleck, Point Blank: Guns and Violence in America, Aldine de Gruyter, 1991 et Targeting Guns: Firearms and Their Control, Aldine de Gruyter, 1997;

John Lott, More Guns, Less Crime, University of Chicago Press, 1998. <—

[4] Gary Kleck et Marc Gertz, « Armed Resistance to Crime: The Prevalence and Nature of Self-Defense with a Gun », Journal of Criminal Law and Criminology, 1995, Vol. 86, No. 1, p. 150-187. <—

[5] John R. Lott Jr. et David B. Mustard, « Crime, Deterrence, and Right-to-Carry Concealed Handguns », The Journal of Legal Studies, Vol. XXVI, No. 1, January 1997, p. 1-68. <—

[6] Voir notamment les dépêches de Canadian Press (CP) du 17 et 18 février 2000. <—

 

La criminalité aux
États-Unis, rapport annuel du FBI de 1999

(En anglais)
Sommaire

Étude de Kleck et
Gertz sur l'usage défensif des armes
aux États-Unis
(En anglais)

Étude de Lott et Mustard sur la libéralisation du port d'arme dissimulée
aux États-Unis (.pdf)
(En anglais)
En français, analyse de cette étude par
Pierre Lemieux dans le Figaro-Économie

Un résumé de la recherche, par l'auteur
(Wall Street Journal,
28 août 1996)

(En anglais)


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