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Je suis très étonnée par la naïveté du discours tenu au sujet du contrôle des armes à feu par deux étudiants en droit de l'Université de Montréal dans l'édition du Devoir du 4 novembre dernier (« Punir ou périr »). Tout d'abord, ils y écrivent qu'aux États-Unis « la simple possession des armes à feu incite visiblement les gens ou leurs enfants à les utiliser », en évoquant plus bas des tueries qui se sont produites dans des écoles secondaires américaines. Il est renversant d'entendre une affirmation aussi grotesque. Est-il encore nécessaire de rappeler que ce n'est pas la possession d'un marteau qui fait naître la passion du bricolage, de même que ce n'est pas le simple fait de posséder une arme qui incite au meurtre? L'outil ne fait pas le psychopathe. La très grande majorité des propriétaires d'armes à feu sont des gens honnêtes et responsables. Ce n'est pas en les désarmant que l'on trouvera une solution à la criminalité ou à la violence. Les psychopathes ou les délinquants, s'ils ne peuvent le faire légalement, se procureront des armes illégalement sans demander de permission à personne. Il faut à tout prix détruire ce préjugé qui veut que la libéralisation de la possession ou du port d'armes favoriserait nécessairement des phénomènes comme la criminalité ou les tueries sauvages. Je suggère aux deux auteurs de ce texte d'opinion d'aller se balader chez nos voisins du Vermont. J'ignore s'ils savent, qu'au Vermont, tout citoyen adulte qui n'a pas été reconnu coupable d'un crime a le droit de porter une arme dissimulée sans autorisation administrative. La plupart des Québécois l'ignorent, mais je crois que beaucoup d'entre eux auront déjà remarqué que les gens ne s'entre-tuent pas dans les rues de cet État qui m'apparaît plutôt paisible. Un jour, on entendra peut-être parler d'un Marc Lépine du Vermont, mais il ne sera pas né parce que les citoyens auront eu le droit de posséder ou de porter une arme. J'aimerais également souligner aux auteurs de Punir ou périr que la tuerie de Polytechnique n'appartient pas à une soi-disant « mémoire collective » que l'on peut invoquer pour justifier un discours au sujet du contrôle des armes à feu. Cet événement douloureux, mais aussi très complexe, appartient à la mémoire individuelle de ceux qui l'ont vécu, d'abord. Il reste qu'il vit différemment dans l'esprit de tous et chacun. Mon propre souvenir des événements m'amène à des conclusions bien différentes de celles exprimées dans ce texte d'opinion. Par ailleurs, je n'ai que faire des « mémoires collectives »; elles ne servent souvent qu'à justifier des actes politiques dans des sociétés sclérosées qui affectionnent la pensée monolithique. Claire Joly
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