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par Claire
Joly |
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Selon un sondage Gallup rendu public le 27 novembre dernier, 76% des Canadiens se disent d'accord avec l'enregistrement universel des armes à feu. Au Québec, cette mesure reçoit l'appui de 90% des répondants. Ce sondage d'une seule question a été réalisé au moment où le gouvernement fédéral lançait une campagne de propagande auprès des propriétaires d'armes de la province. L'enregistrement universel demeure sans doute la plus connue des dispositions de la loi de 1995 sur les armes à feu (C-68), mais ce n'est pas la seule. En vertu de cette loi, tout propriétaire d'arme doit être fiché à titre préventif dans le registre de la police. Il doit aussi subir tous les 5 ans un interrogatoire écrit portant sur sa vie privée. Dans un rapport rendu public le 29 août dernier, le Commissaire à la protection de la vie privée du Canada a d'ailleurs dénoncé les questions concoctées par les bureaucrates du ministère de la Justice. La plupart ne constituent même pas des prédicteurs de violence. Qu'à cela ne tienne, les centaines de milliers d'honnêtes citoyens qui possèdent des armes sans s'être prêtés à l'exercice sont maintenant des criminels passibles de 10 ans de prison (article 92 du Code criminel). Convictions contre analyse La futilité de l'enregistrement universel des armes en matière de prévention des morts violentes est bien établie dans la littérature criminologique et sociologique, pour ne mentionner que cette mesure de contrôle en particulier. La loi confère aussi des pouvoirs excessifs à la police. Prix de la facture? Près de 700 millions de dollars depuis quelques années, et ce n'est pas fini. Les artisans des récentes lois sur les armes ont néanmoins convaincu bon nombre de Canadiens de la pertinence de mesures coûteuses et liberticides. Ils ont cautionné de nombreux mythes concernant la relation entre armes à feu et violence, dont on retrace généralement l'origine à des travaux produits par des activistes américains. Dans leur littérature, le dogme n'est jamais remis en cause: l'accessibilité des armes est la source de maux indicibles et il faut à tout prix en réduire le nombre. Cette conviction a priori l'emporte sur l'analyse des faits, en violation flagrante des principes de toute démarche intellectuelle qui se respecte. Les
auteurs des recherches américaines sont souvent des médecins
devenus chercheurs en herbe qui se disent ouvertement anti-armes quand ils
ne sont pas carrément prohibitionnistes. Les plus extrémistes
appartiennent au mouvement qu'il convient d'appeler par son nom américain
de Les failles des travaux en cause sont abyssales. Ils sont généralement le produit de méthodes d'analyse désuètes. Les échantillons sont minuscules et rarement représentatifs. Les indicateurs choisis sont presque toujours invalides. Et on ne contrôle pas pour les autres variables qui peuvent affecter les résultats [2]. Exercices de style
Pour étayer leurs thèses, il n'est pas rare que les pseudo-experts
citent des travaux dont la conclusion est à l'opposé de
ce qu'ils auraient dû y lire, ou encore des études qui
ne contiennent aucune donnée concernant leur propos. Ils renvoient
à des prétendues recherches qui sont en vérité
des éditoriaux, voire à des statistiques qui n'existent
pas. Le phénomène est si répandu dans la littérature
médicale à prétention sociologique qu'il a été
baptisé du nom de Une
autre forme du syndrome afflige ces chercheurs du dimanche. On pourrait
la nommer Les pseudos experts ont également l'habitude d'ignorer la recherche criminologique, sociologique et économique, ou alors de la réfuter avec de simples spéculations. À ne considérer que cette littérature engagée qui existe en vase clos et ne cite qu'elle-même, un observateur serait aisément persuadé de l'écrasante supériorité des arguments en faveur des contrôles. C'est souvent ce qui arrive aux rédacteurs de rapports gouvernementaux. Et quand d'aventure ils connaissent les travaux des sciences sociales, ils ont tendance à les mettre sur le même pied que la littérature du Public Health, alors que les premiers sont de qualité bien supérieure sur tous les plans, des méthodes d'analyse à la représentativité des échantillons. Que nous apprennent les recherches en sciences sociales? Que l'accessibilité des armes n'a pas d'effets nets sur les taux globaux de morts violentes, qu'il s'agisse d'homicides ou de suicides [4]. Des recherches récentes suggèrent même que la restriction de l'accès aux armes — ou, en tout cas, les mesures les plus sévères — seraient non seulement inefficaces, mais aussi préjudiciables aux honnêtes citoyens respectueux des lois [5]. Les études de pacotille des activistes du Public Health sont invoquées par leurs porte-parole canadiens pour justifier des lois sur les armes qui sapent des libertés fondamentales. Ils font la promotion d'une société de surveillance où les citoyens sont réduits à des irresponsables ou à des menaces en puissance, y compris pour eux-mêmes. Ils demandent que soient criminalisés des comportements pacifiques qui leur déplaisent. Au-delà du débat sur les armes, il faut s'inquiéter du genre de société que ces gens souhaitent pour nous et malgré nous.
[1] Voir [2]
Pour une critique et une évaluation de cette recherche, voir notamment
[3]
Don B. Kates et al., [4] Voir la recension de la recherche sur la relation entre armes à feu et morts violentes qui sert de référence dans les milieux universitaires: Gary Kleck, Point Blank: Guns and Violence in America, Hawthorne NY, Aldine de Gruyter, 1991. Cet ouvrage était récompensé en 1993 par l'American Society of Criminology. < de Pierre Lemieux dans Le Figaro-Économie du 5 février 1999, p. XI. <
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Guns
and Public Health : Epidemic of Violence or Pandemic |
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