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Réponse inédite à « Parents, rendez les armes » de Annette Lévy-Willard dans Libération du 12 mars 2001.
La tuerie de Santana High
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Madame,

Vous dénoncez les réactions qui ont suivi la tragédie de Santana High, dont certaines paraissent aussi absurde que la tragédie elle-même. Je vous l'accorde. À l'instar de certains Américains, votre analyse « évite cependant d'affronter la vérité ». La prohibition de certaines armes ou leur réglementation ne réduit pas la criminalité et encore moins l'incidence des tueries sauvages. Il s'agit d'une évidence que les criminologues et sociologues osent répéter en plaçant le débat bien au-delà du clivage gauche/droite, de l'affiliation à un parti, voire d'une quelconque affiliation à la National Rifle Association. Je pense aux sociologues James Wright et Peter Rossi, auteurs d'une étude sur le contrôle des armes mandatée par le département de la Justice durant l'administration Carter. Je pense également au criminologue Gary Kleck, professeur à l'Université de Floride, affilié au Parti démocrate, membre d'Amnesty International USA et de l'American Civil Liberties Union (ACLU).

Vous oubliez aussi ce que la communauté des criminologues nord-américains sait déjà: le fait pour les civils d'être armés permet d'éviter chaque année des millions d'actes de violence, y compris des meurtres et des viols. C'est ce que Maurice Cusson, criminologue à l'Université de Montréal, appelle le « paradoxe Américain ». (« Paradoxes Américains: Autodéfense et Homicides », Revue internationale de criminologie et de police technique et scientifique (1999), LII, 2, 131-150).

Les gestes symboliques et les prohibitions réconfortent peut-être quelques privilégiés en mal de manifestations à l'eau de rose. N'en déplaise aux bien-pensants, un resserrement du contrôle des armes toucherait d'abord les millions d'Américains pour qui le risque d'agression fait malheureusement partie du quotidien. Pensons seulement aux femmes seules ou aux personnes âgées qui ne vivent pas dans les quartiers bon chic bon genre comme les enfants de Santana High, mais plutôt dans les « inner cities » où la police n'ose même pas intervenir. Voilà la réalité qu'ils doivent affronter pendant que les utopistes se forgent des chimères. La violence est une calamité que les Français connaissent pourtant, dans les cités notamment. Il ne faut pas se le cacher, les femmes y sont victimes comme partout de violence et d'agressions sexuelles allant jusqu'au viol collectif. Dans les milieux policiers et judiciaires en France, ces viols ont même un nom : « la tournante ».

Il existe des conditions de vie, morales et matérielles, qui sont révoltantes d'un côté ou de l'autre de l'Atlantique. On n'arrange toutefois pas les choses en prônant la restriction de l'accès au seul instrument de dissuasion, voire de dernier recours, auquel bien des femmes ont accès pour sauver leur vie. C'est de cette dignité qu'on les dépouille en même temps que des moyens d'exercer leur droit de légitime défense. Voilà la vision qui s'offre quand, réellement, on « évite d'affronter la vérité ».

Claire Joly

 

Résumé de Point Blank, la recension des études sur la relation entre armes et morts violentes qui sert de référence dans les milieux universitaires.
Récompensé en 1993 par l'American Society of Criminology

(En anglais)

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