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Publié dans Le Devoir, 19 février 1999, p. A11
Sommaire Pierrette Venne et contrôle des armes

par Claire Joly, Marie Latourelle, Maryse Martin
et Karen Selick

En tant que femmes et individus, nous proclamons haut et fort notre opposition au contrôle des armes et à la diatribe sexiste et méprisante de Pierrette Venne dans Le Devoir du 6 février. Tout d'abord, les objections aux lois prohibitionnistes en vigueur au Canada ne sont pas l'affaire de « quelques membres du "sexe fort" en excès de testostérone ». Ensuite, si l'objectif fondamental de C-68 est la protection du public, cette loi rate complètement la cible.

Contrairement à ce que Mme Venne avance, la libéralisation du port d'armes n'engendrerait pas une société à la mentalité de cow-boys. Au contraire, dans les 31 États américains où le port d'armes est maintenant légal, seuls 2 % à 5 % des citoyens choisissent de demander un permis. Ce petit nombre de citoyens armés, pas plus irresponsables ou incapables que les politiciennes qu'ils élisent, suffit à exercer une dissuasion importante sur les criminels violents. Par exemple, au Vermont, tout citoyen adulte qui n'a pas été reconnu coupable d'un crime a le droit de porter une arme dissimulée sans autorisation administrative. Plusieurs Canadiens auront remarqué que les gens ne s'entre-tuent pas dans les rues de cet État plutôt paisible. Plus généralement, les taux de crimes violents sont 81% plus élevés dans les États américains où le port d'arme est réglementé plus sévèrement.

Comme d'autres avant lui, l'économiste John Lott montre dans une étude économétrique majeure (More Guns, Less Crime, Chicago, University of Chicago Press, 1998) que la disponibilité des armes à feu entraîne beaucoup moins d'accidents qu'il prévient de crimes. Il semble également que la disponibilité des armes n'a pas d'incidence sur les taux de suicide. Si les gens, les jeunes notamment, n'ont pas accès à une arme pour s'enlever la vie, ils utiliseront un autre moyen pour se suicider -- la pendaison par exemple. Pour illustrer ce fait, nul besoin de se référer à quelque étude américaine, puisque des fonctionnaires du Conseil permanent de la jeunesse l'ont brillamment illustré, sans le vouloir ni s'en rendre compte, dans un rapport de recherche intitulé Le point sur la délinquance et le suicide chez les jeunes (Québec, 1995).

L'étude de Lott nous apprend également que, si le port d'arme avait été libéralisé partout aux États-Unis en 1992, quelque 1 500 meurtres et 4 000 viols auraient été évités cette année-là. Voilà qui est intéressant. En général, les règlements restreignant le port d'armes desservent principalement les personnes les plus vulnérables à la violence et les moins en mesure de se défendre en combat corps à corps, notamment les femmes et les personnes âgées.

Paradoxalement, pour notre sécurité nous dit-on, les élus s'acharnent à dépouiller les honnêtes citoyens de leur droit de légitime défense. (Précisons que la légitime défense ne signifie pas le droit de se faire justice à soi-même après le fait.) Les lois canadiennes ont atteint un tel degré de ridicule en ce domaine qu'il est interdit à quiconque de posséder une bombe aérosol de poivre de Cayenne pour se protéger contre un agresseur, sous prétexte que ce petit appareil pourrait être utilisé pour commettre des actes criminels. Ce moyen de défense relativement inoffensif constitue une « arme prohibée » au sens de la loi au Canada depuis plus de vingt ans. Par contre, la GRC l'utilise allègrement pour disperser des manifestations.

Que faire quand on est une femme et que l'on craint pour sa sécurité ou pour celle de ses enfants ? Va-t-on assigner un garde du corps à chaque femme qui en fait la demande ? Bien sûr que non. Que faire lorsque notre travail nous oblige à circuler tard la nuit ? En sécurité dans un Parlement bien gardé, les députés comme Mme Venne s'attendent-ils à ce que les femmes s'arment de rouleaux à pâte ? Devrait-on se résigner à se laisser violer avec le sourire ?

Même si la loi le permettait, ce ne sont pas toutes les femmes qui choisiraient de porter un revolver dans leur sac à main ou d'en garder un dans leur table de chevet. À chacune de décider si elle se sent menacée au point de prendre une telle mesure pour assurer sa sécurité. Une chose est certaine toutefois : malgré toutes les lois et tous les contrôles, une femme ne pourra jamais compter sur l'État et sa police pour se protéger d'un prédateur sexuel qui l'attaque dans un parking souterrain ou d'un ex-conjoint violent qui entre chez elle armé d'un couteau de cuisine.

Les femmes sont tout à fait compétentes pour assurer leur légitime défense, pourvu que la loi ne les transforme pas en criminelles si elles emploient des moyens efficaces à cette fin. Au Canada, c'est depuis les contrôles des armes de 1977 et de 1991 que nous avons perdu ce droit. Pourtant, contrairement aux mythes en vogue, des études criminologiques démontrent que l'autodéfense avec une arme à feu est efficace (voir par exemple Carol Ruth Silver and Don B. Kates, « Self-defense, Handgun Ownership, and the Independence of Women in a Violent, Sexist Society » in Don B. Kates, Restricting Handguns. The Liberal Skeptics Speak Out, North River Press, 1979).

Il est inacceptable que des bien-pensants qui se sont donné le monopole de la vérité dépouillent hommes et femmes de leur dignité en même temps que de leur droit de légitime défense -- qu'ils l'exercent en pratiquant le kung-fu ou en s'armant d'un revolver selon ce qu'ils jugent approprié pour assurer leur sécurité dans des circonstances qu'eux seuls connaissent et comprennent.

Un résumé de l'étude, par l'auteur
(Wall Street Journal,
28 août 1996)

(En anglais)
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Deux femmes ont été arrêtées à Hull pour possession d'une
mini-bombe aérosol de poivre de Cayenne
(20 mars 2001)
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